oo0°Au LeCtEuR°0oo

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La sottise, l'erreur, le péche, la lésine,
Occupent nos esprit
s et travaillent nos corps,
Et nous alime
ntons nos aimables remords,
Comme les me
ndiants nourrissent leur vermine.

Nos pé
chés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons
payer grassement nos aveux,
Et nous rent
rons gaiement dans le chemin bourbeux,
Cr
oyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'orei
ller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui b
erce longuement notre esprit enchanté,
Et
le riche métal de notre volonté
Est tout
vaporisé par ce savant chimiste.

C'est
le Diable qui tient les fils qui nous remuent.
Aux objets rép
ugnants nous trouvons des appas;
Chaque j
our vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur
, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au
passage un plaisir clandestin
Que nou
s pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux
ribote un peuple de démons,
Et
quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Des
cend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

S
i le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pa
s encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, héla
s! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chaca
ls, les panthères, les lices,
L
es singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants,
hurlants, grognants, rampants,
Dans la
ménagerie infâme de nos vices,

Il e
n est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'i
l ne pousse ni grands gestes, ni grands cris,
Il fer
ait volontiers de la terre un débris
Et
dans un bâillement avalerait le monde.

C'est l'Ennui!- L'oeil cha
rgé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafau
ds en fumant son houka.
Tu le con
nais, lecteur, ce monstre délicat,
Hypocr
ite lecteur, mon semblable, mon frère!


Charles Baudelaire
Les Fleurs du Mal

# Posté le mercredi 15 mars 2006 15:00

Modifié le lundi 10 décembre 2007 06:23

ooO°°MWA°°Ooo

ooO°°MWA°°Ooo
L'Ange de la Mort tue et s'en va sanctifié.
A vaincre sans périls on triomphe sans gloire.

Eest-il nécessairement utile de joindre constamment l'utile à l'agréable ? Est-il indispensable de n'entrevoir seulement le beau alors que la lumineuse splendeur réside partout, même au coeur des pleurs les plus amères commes des torrents les plus boueux...La beauté est partout décelable, mais uniquement pour le coeur capable de s'ouvrir et d'entrevoir la magnificience sous toutes ses formes.
Alors je vous prierai, chers lecteurs, de n'entrevoir ici non pas les trompeuses rimes, ni les versets probablement bien agencés....mais allez au fond des choses, les dires des textes ne s'arrêtent pas aux mots qu'ils contiennent, ouvrez vos yeux aux choses cachées, et alors vous comprendrez....

•·'¯°·★ N ★·°¯`·•

Ad vincendum sine periculis,
Triumphant sine gloria.
Ad augusta per angusta,
Ad Maiorem Dei Gloriam ,
Fax mentis incendium gloriae
Et potius mori quam feodari,
Ad vitam aeternam !




Ce blog pour exposer mes textes.
Ce blog pour exposer des idées.
Ce blog pour oublier ce que je ne suis pas.

# Posté le jeudi 16 mars 2006 14:47

Modifié le dimanche 23 novembre 2008 15:19

Le PoiSoN

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui coule
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se saltérer à ces gouffres amers.

Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort !

Charles Baudelaire
Les Fleurs du Mal, XLIX
Le PoiSoN

# Posté le dimanche 19 mars 2006 06:49

Modifié le lundi 10 décembre 2007 06:26

Le CoNtE dEs SePt SoEurS (1)

Le CoNtE dEs SePt SoEurS (1)
Sept soeurs dans un berceau doré attendait patiemment dans les enfers le doux moment d'être adorées, et alors qu'elles grandissent dans l'antre de leur père, voilà que les hommes naissent, apprennent et meurent. Mais bien vite agacées des cris expiatoires lancés par les conjurés, enchaînés jusqu'aux confins de l'éternité, elles choisissent d'éclater au grand jour leur puissance et leur charme, leurs attraits et leur immortalité. Il fallait bien qu'elles aussi contribuent à l'oeuvre de leur père, qui si laid soit il, sera toujours l'entité la plus ancrée en leur coeur. A leur tour d'amener dans les fers, les pécheurs invétérés mis en garde. A leur tour d'enchainer, les tourmenteurs tourmentés qu'il fallait expier de la terre. Car après tout, n'est ce pas qu'appliquer les lois du Seigneur que de châtier les pécheurs ?

Mais Voici que sur la terre, un homme entre tous se mit à défier Satan lui-même, le reléguant à une figure mystique n'existant qu'à travers des écrits n'ayant aucune valeur pour lui. Qui pourrait-il donc être ce Lucifer tant redouté mais pourtant jamais visible ? Qu'est-elle donc cette force qui apparaît si puissante mais qui pourtant reste si secrétement retranchées ? Où est-il donc cet ange déchu pour qui rien n'a de vertues ? S'il était le diable, lui éclaterait sa puissance au grand jour : Aztharôt n'est donc qu'un lache doublé d'un couard ! Et devant de tels discours, voici que les sept soeurs s'enragèrent contre cet humain qui ose ainsi défier leur Tout Puissant père ! Punir cet homme et ses semblables devint un devoir pour les filles infernales. Montant sur terre, elles entendaient bien réussir leur dessin.

Alors, qui d'entre vous - qui ? - a su résister ?
à l'envie ?
à la gourmandise ?
à la paresse?
à l'orgueil ?
à la colère ?
à l'avarice ?
à la luxure ?


Homme !
Sauras-tu résister ?

•·'¯°·★ N ★·°¯`·•
Ad vincendum sine periculis,
Triumphant sine gloria.
Ad augusta per angusta,
Ad Maiorem Dei Gloriam ,
Fax mentis incendium gloriae
Et potius mori quam feodari,
Ad vitam aeternam !

# Posté le lundi 20 mars 2006 14:47

Modifié le samedi 29 décembre 2007 17:08

Le CoNtE dEs SePt SoEurS (2)

Le CoNtE dEs SePt SoEurS (2)
Et voici que la première des sept soeurs arriva parée d'ors et de pierreries. Eclatante de mille éclats au grand jour, elle parcourut le monde à la recherche de l'homme. Sur son chemin, les hommes croyant voir un ange, s'étalaient à terre, la suppliant de leur accorder ses bienfaits. Elle répendit derrière elle mille bijoux et monnaies qu'aussitôt les hommes, riches comme pauvres, se jettaient à terre prenant dans leurs mains sales ces dons diaboliques. Bien vite, ils s'entretuèrent pour les richesses de l'autre. Devinrent riches les plus vicieux et les plus meurtriers, restèrent pauvres les plus généreux. C'est ainsi que nacquirent les mendiants.

La première soeur reçus les hommes riches dans son palais, et ceux-ci la supplièrent d'obtenir encore plus de richesses. Elle constata que leur désir de posséder ou conserver plus de richesses que nécessaire était à son comble : le coeur des hommes était bel et bien corrompu. Une bonne chose de faite, son cher démon Mammon se ferait un plaisir de recevoir ces âmes perverties dans sa demeure infernale. Elle accorda aux riches des richesses toujours plus grandes à condition qu'on lui dise où se trouvait l'homme défiant le diable. Ayant eu la réponse désirée, elle laissa les cupides dans une chambre emplie de trésors qu'ils pillèrent avec avidité...en s'entretuant.

Partie à la recherche de l'homme, elle le trouva dans une humble masure en pleine campagne. Allant vers lui toujours parée de ses ors et ses pierreries, elle vit miroiter aux yeux du jeune homme milles et une richesse. Mais l'homme, méfiant, refusa les trésors et ferma sa porte au nez de la soeur infernale.

La muse vénale

Ô m
use de mon coeur, amante des palais,
Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un
tison pour chauffer tes deux pieds violets ?

Ran
imeras-tu donc tes épaules marbrées
A
ux nocturnes rayons qui percent les volets ?
Sent
ant ta bourse à sec autant que ton palais,
Réc
olteras-tu l'or des voûtes azurées ?

Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Com
me un enfant de choeur, jouer de l'encensoir,
Chante
r des Te Deum auxquels tu ne crois guère,

Ou
, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
Et to
n rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,
Po
ur faire épanouir la rate du vulgaire.

Les fleurs du mal
Charles Baudelaire, 1857

# Posté le lundi 20 mars 2006 15:02

Modifié le lundi 10 décembre 2007 07:03